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Plaidoyer pour une reconstruction de la Guinée dans la paix, la concorde et l’unité nationale (2ème Partie) Featured

Plaidoyer pour une reconstruction de la Guinée dans la paix, la concorde et l’unité nationale (2ème Partie)

Plaidoyer pour une reconstruction de la Guinée dans la paix, la concorde et l’unité nationale (2ème Partie)

 

Conakry, 12 oct (AGP)- Dans le cadre d’une reconstruction de la République de Guinée, Dr Sékou Kaba, guinéen résident au Québec (Canada), vient de rendre public un article intitulé, ‘’Plaidoyer pour une reconstruction de la Guinée dans la paix, la concorde et l’unité nationale’’.

 

Nous vous proposons une première partie de ce plaidoyer dont copie est parvenue à la Rédaction de l’AGP :

Une transition attendue et manquée :

Le déclenchement du processus de la transition démocratique, nous venons de le voir, coïncida à un moment de notre histoire où notre pays souffrait d’un état pathologique général inquiétant. La Guinée était malade de ses institutions peu fonctionnelles, malade du sous-développement chronique, de la misère, de la répression, de l’injustice, de l’insécurité de la criminalité, de la corruption, du vol institutionnalisés et légalisé. A la lumière du diagnostic sommaire de cet état moribond dont nous venons de donner une esquisse dans les pages qui précèdent, les guinéens auraient gagné davantage dans la construction démocratique de leur pays en acceptant que soient jetées les bases garantissant cette construction.

Dans tous les Etats de tradition démocratique, l'étape transitoire ne s'est jamais opérée sans tremplins, sans filtres. Pourtant des bonnes volontés n'ont nullement manqué en vue de mettre entre les mains des principaux acteurs du changement l'outillage adéquat et nécessaire à cette fin.

L’adhésion totale des guinéens au grand projet sociopolitique de transition démocratique a donné lieu à un engouement sans précédent pour les contributions citoyennes aux efforts concourant à l’aboutissement heureux de ce renouveau national longtemps ambitionné et réclamé par le peuple de Guinée. Et depuis, des réflexions individuelles tant dans les journaux que sur les sites internet, des forums et colloques à l’intérieur du pays comme au niveau de la diaspora guinéenne foisonnèrent de suggestions constructives.

Toutes ces préoccupations des fils du pays soucieux du devenir de la Guinée et qui témoignaient au niveau de la transition amorcée, d’une problématique de grande pertinence, constituaient la preuve évidente que cette transition ne pouvait, au risque de compromettre la nouvelle démocratie qu’elle enfantera, s’opérer de manière automatique en passant presque du but en blanc aux urnes avec seulement quelques  dispositifs structurels dont la commission électorale indépendante et le fameux conseil national de la transition.

 

Après avoir inconditionnellement souscrit aux efforts de démocratisation du pays, nous rejoignîmes le peloton des bonnes volontés préoccupées par l'élaboration de préalables devant servir de socle au processus de la transition déclenchée. À titre de contribution personnelle, nous fîmes parvenir au capitaine Président un mémorandum d'une quarantaine de pages intitulé «Une si longue lettre» qui rappela d'abord aux membres du CNDD, en particulier à son chef et dans des propos empreints de respect et de sympathie, cette rare et ultime opportunité de rentrer honorablement au panthéon de l'histoire de la Guinée en posant les premières pierres de la fondation de la démocratie dans ce pays que constituait la transition et en remettant le pouvoir au peuple de Guinée par l'entremise de son élu au soir du scrutin, avant d'embrasser les principaux aspects de cette transition propres à lui assurer un dénouement heureux.

Au nombre des instance, approches, dispositifs structurels et mesures stratégiques de la transition suggérés, on peut retenir : les états généraux de la transition, le rétablissement de la justice, le Conseil national Supérieur de transition ou le Haut conseil de la République, le gouvernement d’union nationale de transition, le Vérificateur général, la commission nationale de révision constitutionnelle, l’établissement des critères de reconnaissance des partis politiques traditionnels et d’enregistrement de nouveaux partis, ceux de la commission électorale indépendante, la sensibilisation des militants des partis politiques, l'encadrement de la transition par les forces armées. Nous ne donnerons ici à titre illustratif que le sommaire de quelques-uns des aspects abordés. 

Le rétablissement de la justice

Dans nos propositions suggestives, nous avions affirmé comme en 2007 où nous avions cru à la victoire de l'insurrection populaire avant sa reddition sous la répression brutale de l'État-major de l'armée que le succès des efforts en vue du changement politique ambitionné et réclamé par le peuple de Guinée était subordonné à l’instauration d’un climat, d’un cadre d’État de droit et de bonne gouvernance, l’un des préalables à sa paix et à son bonheur. Ce changement était d’abord une question de justice.

Cette vérité ne relevait nullement de l’intolérance. On ne pouvait rien édifier ou reconstruire de solide, de durable dans une impunité aussi ouverte, aussi agressive, aussi légitimée que celle qui sévissait en Guinée. Mais la justice à laquelle nous adhérions et que nous souhaitions voir rétablir dans notre pays n’était pas celle d'une chasse aux sorcières, de règlements de comptes. Elle était loin de cette justice d’«œil pour œil, dent pour dent», celle qui substituerait la barbarie insensée, à la violence raisonnée en conduisant nos frères (colonels, commandants, capitaines, lieutenants et autres geôliers) aux mains tachetées de sang à l’abattoir comme ils le firent sous des impulsions ethniques haineuses, aux centaines de leurs concitoyens.

Nous ne devrions plus, sous quelque prétexte que ce soit, nous donner pour préoccupation sadique de verser le sang de nos frères et sœurs sur cette terre bénie de Guinée, au risque de nous attirer de nouveaux courroux divins.  Sous la nouvelle justice qui régirait nos institutions, il devrait être considéré comme une forfaiture honteuse à condamner, le traitement de tout Guinéen sur la base des considérations ethniques et de provenance.

Profondément humaine, cette justice qui s’inspirerait des valeurs traditionnelles africaines de tolérance exigerait cependant, pour désinfecter notre société de la souillure faite à ses bonnes vertus, cicatriser ses plaies dues à la rage du cynisme sauvage de certains de ses fils, semer une culture démocratique et de bonne gouvernance, reconstituer et transmettre les valeurs morales et éthiques de référence à la postérité, que lumière soit faite sur les crimes, les délits économiques et politiques impunis qui ont été préjudiciables non seulement à la vie de nombreux citoyens, mais aussi au bonheur du peuple de Guinée tout entier sous les régimes et gouvernements défunts.

 

Au regard  de leur triste passé récent, les Guinéens étaient-ils prêts à reconstruire leur nation sur un fondement d’injustice? Accepteraient-ils de léguer aux générations futures une tradition de gouvernance nourrie d’autocratie, d’impunité, de répression, de corruption, de mendicité, de pillage, de vol et d’oisiveté? Le but du rétablissement de la justice, par l’érection des tribunaux, n’était nullement de percer les abcès de l’histoire en vue d’approfondir ses plaies. L'idée consistait au contraire, pour prévenir toute cancérisation généralisée de ces abcès, toute rancœur endémique, à les extraire de leurs pus, les guérir, les cicatriser.

Passer l’éponge sur des précédents haineux, une tradition de répression, de criminalité, de corruption, de pillage, de dilapidation du trésor public sans règlement pacifique, contribuerait à perpétuer la haine, à cultiver la passion de la vengeance et à encourager la réédition des mêmes pratiques de mauvaise gouvernance et de l’impunité dans les délits criminels et économiques. Il s’agissait à notre entendement de mettre en place, un nouvel environnement politique guinéen nettement saint, doté d’une banque de bonnes références, mais aussi de mises en garde, de garde-fous en matière de gouvernance, permettant aux futurs élus et gestionnaires de l’après transition ainsi qu’à ceux des générations à venir, d’être éclairés et d’exercer le pouvoir démocratique pour le bonheur de tous les guinéens dans les normes de respect de la chose publique et des droits humains.

Dans le rétablissement de cette justice, la bonne foi des grands accusés à tous les niveaux serait interpellée. Le pardon doit, dans la tradition africaine, sa sincérité au regret de l’acte commis et au plaidoyer de culpabilité du condamné. Source de clémence, il stimulerait la tolérance et favoriserait l’instauration d’un climat de concorde, de fraternité et de quiétude sociale.

Ainsi, des procès équitables sans l'intervention de la cour pénale internationale, entourés de pareils gestes de remords humainement émouvants des condamnés, pourraient respectivement amener les familles des victimes d’actes criminels à se consoler, voire à pardonner; la cour à diminuer la durée de leur peine et le président de la République à leur faire bénéficier de son acte solennel de grâce avant même la fin de son mandat au terme de la période transitoire et dans un grand discours à la Nation où il justifierait le bien-fondé de ces tribunaux et demanderait au peuple de Guinée de leur accorder lui aussi sa clémence. Les illustrations les plus édifiantes furent celles du Mali et de l'Afrique du Sud, respectivement sous les gouvernances du capitaine Amadou Toumany Touré (ATT) président de la transition et du héros de la lutte anti-apartheid Nelson Mandela, premier président noir de l’Afrique du sud.

AGP/12/10/015                    DKS/SBF/FDF/ST

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